Quelques
extraits du journal de voyage rédigé par René
Bernard, équipier de Saranaïa II
7. De l'Australie à
Bali
ESCALE À DARWIN (Northern
Territory)
28 août - 13
septembre 1997
Nous arrivons.
Saranaïa II a-t-il passé la
ligne ? Oui, dit Jean. À la radio John Lewis de
Rallye Control répond : non, continuez vers le Sud,
je vous dirai quand ! Mais Jean ne se le tient pas
pour dit. On n'a pas ou on a des origines bretonnes,
lui c'est clairement oui : barre à gauche, vers
Fannie bay ! L'autre : Saranaïa II, vous n'avez pas
passé la ligne, continuez vers le Sud. Pierre,
not'radio, prend un air désabusé. Luis d'Atlantis
s'en mêle, mais Jeannot tient bon... Vu notre
classement dans cette étape, ça n'a pas beaucoup
d'importance, mais c'est moi qui suis à la barre...
Enfin, Jean se rend, mais c'est comme pour la pêche
au thon : c'est long.
Nous passons la ligne, puis nous
doublons Emery Point et Elliott point pour venir
mouiller avec les copains devant Dinah Beach, en
attendant l'ouverture de l'écluse pour Francis Bay
marina. Manoeuvre sanaraïesque, mais on n'a rien cassé
et nous voici amarrés au ponton fixe, à peu près
correctement.
On mange les restes. Annick veut
faire la vaisselle, laver les plancher, puis nous
rendons visite à Rallye Office, installé à
SADGROVES'S QUAY. Ce soir, il faut aller au market du
jeudi à Mindil Beach: OK Janina! Le bus c'est 2$
(AUD) par personne. Mindil Beach à la fin de la journée.
Le soleil descend vers la mer. Il y a de nombreux
stands installés dans le parc. On peut goûter toute
la cuisine d'Indonésie et d'Asie et s'offrir tout
"l'artisanat" aborigène et des îles du
Pacifique. Les australiens sont venus en famille ; ils
mangent et boivent comme s'ils avaient faim et soif.
Les équipages du rallye sont là eux aussi. Moi, je
ne suis pas complètement présent : Annick s'en va
demain. C'est notre dernière soirée, notre dernière
nuit : ce soir, nous ne rentrons pas au bateau.
Nous sommes à Darwin depuis
cinq jours. La ville, détruite presque entièrement
par un cyclone appelé TRACY la veille de Noël 1974,
est neuve.
Nous sommes au Sud-Est, à un
quart d'heure à pied du centre. Le port est sévère
derrière son écluse. On ne voit pas la mer, les
pontons sont en béton. Des sanitaires au bout de
chaque ponton et c'est tout. derrière le grillage
c'est la highway où circulent les ROAD TRAINS : un
semi remorque, plus deux ou trois remorques, une
vingtaine d'essieux, deux cents tonnes, jusqu'à
cinquante-trois mètres de longueur. Ce n'est pas très
agréable, mais c'est près de la ville. Et puis
samedi après-midi, nous avons sorti le bateau sur
l'aire de carénage de Sadgrove's Quay et depuis, on
peint après avoir gratté, mastiqué, poncé un peu
en amateurs, mais bon : les caisses de Saranaïa II ne
sont pas très remplies et on économise la main
d'oeuvre. Jeudi matin on remet à l'eau.
C'est alors que nous étions dans les sangles du
travelift que j'ai reconnu Alain Galtié ; ce type qui
me parlait en français avec un accent parisien, je le
connaissais, mais de quelle escale ? finalement, c'était
plus vieux que le tour du monde, beaucoup plus vieux :
c'était il y a plus de vingt ans au collège
Lamartine où Irène était prof' de gym'. Se perdre
de vue pendant si longtemps et se retrouver au bout du
monde !
Dimanche soir,
on prend l'apéritif ensemble,
lundi,
on se retrouve après la cérémonie de bienvenue au
Parlement du Territoire, on boit un pot au bar du
Dinah Beach Cruising Yacht Association, puis on mange
des spaghettis sur "Romané", leur bateau...
et j'en passe le rendez-vous avec Radio Pluriel.
Mardi,
barbecue avec leurs amis : Herbert, un allemand qui
navigue sur un NAUTICAT 43 "SEPTIMUS SEVERIUS"
avec son amie panaméenne Rosa ; Gherard, un autre
allemand ; Marcel et Martine de MIMOSA. Jean-Claude de
"COMME UN CHEVAL FOU" fait un passage.
Mercredi,
on va ensemble à la réception de l'hôtel-casino MGM.
Jeudi, je suis invité à dîner
sur leur bateau.
Et vendredi, on refait le
monde autour d'une bouteille de green ginger wine...
(...)
Beaucoup de bateaux profitent
des installations de Sadgrove's quay pour faire leur
carénage et des révisions réparations à mi
parcours. L'aire bien équipée et fort agréable est
très animée. C'est Luis d'ATLANTIS qui tire le
mauvais numéro : son arbre d'hélice, son hélice,
ses fixations de gouvernail, ses passe coques, tout
cela en bronze, sont mangés par la corrosion. Une
erreur dans la mise à la masse de l'installation électrique
semble responsable. Il me dit : ça va me coûter dix
mille dollars. Je n'ose pas demander si ce sont des
dollars australiens...
Samedi 6 septembre,
après-midi culturel. Avec Irène et Alain nous
visitons le Gallery Art Museum Northern Territory,
avant d'aller à la nuit tombante écouter le Darwin
Symphony Orchestra sur les pelouses de l'hôtel MGM.
L'entrée du musée est gratuite. C'est moderne,
climatisé et agencé de façon très pédagogique.
Peintures aborigènes sur bark, c'est-à-dire écorce,
de papyrus je crois, déroulée, séchée et préparée,
peintures modernes très colorées, faunes du
territoires : coquillages, poissons, oiseaux,
marsupiaux... et crocodiles. Une salle sur le cyclone
TRACY, une salle chinoise, un couloir maritime : Cook,
Darwin et quelques autres. Un hangar pour les bateaux
traditionnels des îles des mers de Timor et d'Arafura.
Au dernier étage une expo-vente sponsorisée
d'oeuvres contemporaines. C'est superbe, on en a plein
les yeux, mais il est cinq heures, on ferme. (...)
Dimanche 7 septembre,
il y a encore des départs dans les équipages amis.
Chouchou nous a quitté le 1er et Roger le 2 ;
aujourd'hui, ce sont Magali et la "grande"
Martine de RIO et Évelyne d'ATLANTIS... le rallye est
à un tournant, celui du retour.
La deuxième
semaine à Darwin, on
fait un peu de tourisme, pendant que Loïc, qui part
(définitivement ?) sur SNOOTY FOX et qui rentre d'un
périple avec sa Caro, met un point d'honneur à
effectuer quelques travaux d'entretien avant de nous
quitter.
Lundi,
je pars avec Alain, Irène et leurs copains de
BRENCHIE : nous allons visiter le Wildlife Park du
Territoire et la ferme des crocodiles. Le Wildlife
Park, c'est un zoo très bien aménagé où l'on peut
voir tous les animaux qui vivent dans cette région de
l'Australie, les "endemics" et les "invaders".
Les animaux nocturnes et les poissons sont très bien
présentés, les oiseaux aussi, nous dira Jean, mais
nous n'avons pas eu le temps de les voir. Les
kangourous font peine à voir : l'un d'eux n'a plus
qu'une partie de son oreille gauche sanguinolente, son
museau aussi a été mordu ; d'autres semblent apeurés
ou malades. Je prends malgré tout quelques photos,
pour Annick, pour les enfants de Jules Verne ; mais je
préfère garder l'image de la grande raie qui évoluait
majestueusement dans l'aquarium au dessus du tunnel où
nous circulions en bons touristes. Et nous allons à
la ferme des crocodiles assister au repas des
monstres. Deux hommes pénètrent dans l'enceinte
grillagée qui entoure le billabong et la berge
herbeuse : l'un porte une caisse pleine de volailles
mortes, l'autre tient une solide lance de bois. Ils
s'installent près de la porte. Celui qui a la caisse
commence à frapper le sol avec une volaille dont les
plumes commencent à se détacher et à voler. À la
surface de l'eau apparaissent les têtes et les dos de
plusieurs crocodiles qui nagent calmement vers le
bord, puis s'immobilisent. L'homme continue à battre
un rythme étrange. Soudain un de ces monstres,
contemporains des dinosaures, jaillit hors de l'eau et
fonce sur l'herbe : l'homme lui laisse la volaille
qu'il saisit dans son immense gueule, puis la bête
retourne à l'eau aussi vite qu'elle est venue. Le
second crocodile ne se contente pas d'une volaille, il
en redemande. L'homme jette un autre volatile. Le
monstre s'en saisit et continue d'avancer. Le second
homme pointe sa lance, lui et son compagnon reculent
vers la porte. La bête renonce et retourne à l'eau où
de brèves bagarres éclatent. Au musée de Darwin, je
me souviens d'avoir lu : "Vous, vos
enfants, votre chien, êtes des nourritures pour les
crocodiles". J'ai envie d'ajouter : "... et
aussi les autres crocodiles !". À la fin, un
dernier crocodile se précipite encore sur l'herbe,
mais la caisse est vide. Les deux hommes repassent et
referment la porte. Le monstre s'arrête et reste
immobile sur l'herbe. Quand nous reviendrons un moment
plus tard, il sera toujours là, dans la même pose.
Peut-être attend-il le second service ? Cet arrêt à
la ferme des crocodiles marquera notre journée : des
centaines de monstres, des bébés et d'autres qui
mesurent jusqu'à six mètres... j'en ai la nausée,
les autres aussi, je crois.
Pierre et Danièle ont loué un
camping car pour quelques jours. Je me suis retrouvé
vendredi dernier seul à bord avec Jean, qui après la
réception à Government House, m'entraîne chez un
tour-operator qui a une hôtesse belge qui parle français.
Et nous voici mardi matin,
à sept heures moins le quart, partant pour deux jours
au parc national de Kakadu. Voici notre bus et SCUFFY
notre chauffeur. Encore une famille de profs d'anglais
de NOUMÉA aux bagages impressionnants et une jeune
femme format planche à voile, et nous roulons sur
ARNHEM HIGHWAY, une route nationale à deux voies dans
un paysage plat planté d'arbres un peu secs et
d'herbes hautes elles aussi. Les peuples aborigènes
brûlent ces herbes, si j'ai bien compris, pour éviter
des incendies de forêt. Ainsi, les troncs sont
souvent un peu calcinés, mais les feuillages restent
plus ou moins verts et à la saison des pluies qui
arrive en octobre, tout reverdira. L'impression est étonnante.
Premier arrêt à Fogg Daru Wildlife Reserve, une zone
humide où se rassemblent des milliers d'oiseaux, puis
à Adelaïde River où nous avons droit à une croisière
d'une heure et demie pour voir sauter des crocodiles
auxquels une "crew" tend des pièces de
viande au bout d'une ligne. Après l'entrée du parc,
arrêt pique-nique dans une nouvelle zone humide :
Scuffy distribue à chacun un carton qui contient une
petite salade, un morceau de pain, une pomme, deux
biscuits et une petite brique de jus d'orange. Trente
minutes pour manger, lire les informations sur la zone
et la regarder ! Les Calédoniens, eux surtout,
expriment leur... désappointement. On franchit South
Alligator River. On s'arrête vingt-cinq minutes à
Bowali visitors centre : je n'ai le temps de voir que
la moitié d'une présentation du parc. À NOURLANGIE,
premier contact avec la culture aborigène : notre
chauffeur se transforme en guide passionné pour nous
expliquer comment ces dessins étaient (sont) de véritables
leçons d'initiation pour les jeunes. Enfin le rythme
se ralentit un peu et on a le temps de voir et de
commencer à comprendre. Il nous reste "Yellow
Waters Cruise" en fin d'après-midi, merveilleuse
promenade en bateau où toute la vie du billabong
s'offre à nous : arbres et fleurs, plantes
aquatiques, oiseaux par milliers dont les merveilleux
jabirus et jacanas, chevaux et buffles sauvages, et
bien sûr les crocodiles. Ceux-ci sont placides au
regard de ceux que nous avons déjà rencontrés ; il
est vrai que nous ne leur proposons pas de
nourriture... La lumière est belle en fin d'après-midi,
il fait moins chaud et on a prévu pour nous un grand
bidon d'eau fraîche ; suprême bonheur de ces deux
heures paisibles après une journée trépidante et
torride, malgré la climatisation du car. Nous
rentrons à CODINDA, halte des voyageur à Kakadu.
Repas style barbecue, puis nous allons nous coucher
dans notre tente. Heureuse surprise, la nuit sera fraîche.
Le lendemain, mercredi,
petit déjeuner à sept heures un quart. Ça tient du
jeu de piste, mais c'est super quand on a trouvé.
Scuffy veille à tout. Seule notre Calédonienne râle
parce que les toasts ne sont pas grillés. Son mari
lui répond : moi je me régale ! Les jeunes aborigènes
ont même allumé un feu de bois entre les tentes.
Scuffy fait maintenant la vaisselle et prépare le
pique-nique, puis nous partons pour UBIRR. Nouvelle
visite de Rock Art, toujours guidés par notre
chauffeur. Les peintures sont émouvantes ; puis on
grimpe sur le rocher d'où la vue s'étend sur la zone
humide et au-delà : magnifique ! C'est le paradis
ici, dit notre guide. Les yeux ne se lassent pas
d'admirer et pour une fois, on prend son temps : les
oiseaux, les mammifères, les couleurs, même la
chaleur est supportable. Je regarde Mark, le jeune
Aborigène qui vit à Darwin et vient pour la première
fois ici. Que peut-il penser ? Qu'échange-t-il avec
Noliko, la jeune Japonaise ? Ce soir dans le car il
racontera longuement son histoire, celle de sa
famille, les coutumes... Il faut quitter le paradis.
Nous revenons à SABIRU au bord de East Alligator
River. Nous pique-niquons au bord du fleuve sur une
aire aménagée. Personne ne demande si on peut se
baigner, et pourtant il fait chaud. Nous refaisons en
sens inverse la route du matin pour nous arrêter au
Centre de Culture Aborigène de Wanadjan. À part
quelques oeuvres d'art, c'est très bavard : des
panneaux expliquent longuement, en anglais bien sûr,
la culture et les coutumes. Ras l'bol l'anglais ! et
en plus nous n'avons que quarante minutes : je fais un
tour rapide, puis je vais faire quelques achats à la
boutique. Il nous reste à aller à Barramundi Gorge où
une baignade est prévue. Démonstration de conduite
du car sur la piste : tout le monde se cramponne mais
ça se passe bien. Moins bien le long de la rivière :
sable sur rocher, je glisse. Mes fesses, et plus
grave, mon Nikon, heurtent le sol ; le filtre UV est
fendu et cabossé... Baignade en eau douce, sans
crocodile. Retour très long... trois cents kilomètres
: on arrive à plus de onze heures du soir. Douche et
dodo. Bien, le Kakadu, mais trop de kilomètres !
Jeudi matin,
un peu plus de cinq heures, arrivée de Jean-Etienne.
Jeudi soir,
soirée "prizegiving" au Darwin Sailing Club
à Fannie Bay. Ça se passe en plein air, c'est agréable.
Les Portugais répondent à ma demande de rencontre
sur le Timor oriental. Luis me présente Juan, le Président
de l'association portugaise-timorienne. José me présente
Alice qui travaille pour une radio timorienne à
Darwin. Je remets Alice à demain soir. Je dîne au
Sailing Club avec Luis, Juan, Gueneiro et quelques
autres. J'appelle Radio Pluriel et Jules Verne, puis
en rentrant j'enregistre sur le ponton, avec Luis
comme interprète, une interview sur l'historique des
événements, la communauté portugaise timorienne de
DARWIN, le Prix Nobel de la Paix, et l'avenir. On se
couche tard...
Vendredi soir,
Alice et Zeka nous invitent à dîner sur Travel
Lodge, excellent repas de poissons et fruits de mer
arrosé de deux bonnes bouteilles de vin rouge
australien. Puis nous allons au club portugais
timorien et nous finissons chez Juan pour
l'enregistrement : la vie d'émigrés d'Alice et de
Zeka, leurs engagements, leurs espoirs...
Retour à deux heures du matin, sur le ponton Martine
de Rio, la blonde, fait sa lessive : je l'aide à
essorer son jean avant d'aller prendre ma douche.
de DARWIN à BALI
(Benda)
13-21 septembre
1997
Samedi 13 septembre,
on appareille à 13.30 !
Dimanche,
petit temps. On a fait 108 milles au "call"
de neuf heures ! Le soir, Jean-Étienne monte en haut
du mât pour une petite réparation sur l'émondeur.
À minuit, pour mon quart, plus de vent : moteur
jusqu'à trois heures.
Lundi matin,
plate-forme pétrolière en vue sur bâbord. On a fait
117 milles en 24 heures. On envoie le spi peu après
dix heures et on le porte jusqu'à la nuit. Le vent
monte un peu et fait gagner son pari à Danièle
contre Pierrot : plus de 10 noeuds de vent apparent à
minuit.
Au "call" de mardi, on
a fait 156 milles en 24 heures (6,5 noeuds). On
renvoie le spi et on oublie de remonter la ligne de pêche.
Et voici le moulinet qui siffle en se déroulant. Que
faire ? Impossible d'arrêter le bateau sans spi.
Appeler le spi ? C'est long et pendant ce temps le
poisson tire. Jean propose de couper la ligne et Jean-Étienne
de mettre le moteur en marche arrière. J'engage le
combat et tandis que Saranaïa II continue sa route
normalement, Jean-Étienne m'aide à remonter un thon.
C'est une première... un thon sous spi ! Il était en
pleine digestion. Il recrache sur le pont une dizaine
de petits poissons et je lui en retrouve autant dans
l'estomac. Quel appétit ! Mais il était épuisé :
pas besoin de l'assommer. Thon à la provençale !
Dans la nuit de mardi à
mercredi, j'observe une éclipse totale de lune
entre deux et trois heures du matin avec Jean-Étienne.
Cette nuit, nous avons laissé le spi. Il y aura bien
une petite alerte vers trois heures, lorsque de gros
nuages créeront deux ou trois sautes de vent et nous
empêcheront de voir la lune ressortir du cône
d'ombre. Au call, nous affichons à nouveau 156
milles. Vers 13.30 (TU + 8) on aperçoit une terre à
tribord, c'est l'île de Pu Pu Sawn. Un navire de pêche
indonésien vient nous saluer, puis nous laissons l'îlot
de DANA à 1 mille sur bâbord. En début d'après-midi,
le vent devient très faible : on amène le spi et on
met le moteur pendant une paire d'heures, c'est bon
pour les frigos, l'eau chaude et les batteries, puis
on renvoie le génois.
Jeudi
à cinq heures du matin, plus de vent à nouveau : on
remet le moteur pour la matinée. 152 milles au call.
L'après-midi, nous apprenons qu'INFATUATION et KELA
sont arrivés à Bali. Jean-Étienne donne un cours détaillé
de géographie à Danièle. Nous avons passé la journée
à longer sans la voir SUMBA Island (= sandalwood =
bois de santal). Et puis ce matin, Jean a écrit
"heure de Bali" sur le journal de bord : ce
n'est rien, mais ce rien met fin à des palabres
interminables sur l'heure. Quelle heure est-il à bord
? L'heure de Darwin (TU + 9.30), l'heure du méridien
du bateau, l'heure de Bali (TU + 8), voire le temps
universel pour Pierrot (TU)... Que de débats !... et
voir plus haut la question de la ligne de changement
de date...
Vendredi
matin, nous avons fait 148 milles, soit un peu plus de
six noeuds de moyenne... On envoie le spi qui se met
en coquetier autour de l'étai. Ça nous occupe un
moment à compter les tours gagnés et les tours
perdus. Finalement, Jean-Étienne grimpe au mât et le
spi satisfait se libère tout seul ! Toute la journée
encore sans spi... Mais on nous a recommandé de ne
pas arriver de nuit à Bali : à la fin de l'après-midi,
ça va trop vite. On amène le spi, on tangonne le foc
inter, puis on prend deux ris. Saranaïa II avec sa
carène toute propre va toujours aussi vite ! Vers
minuit on empanne et on fait route au nord entre Mundi
et Bali. Le vent mollit : on largue les ris, puis on
met le moteur... Au petit matin, un violent courant
contraire, huit noeuds ! nous fait culer un moment le
long de la côte de Bali. On se rapproche de la côte,
le courant devient moins fort : peu à peu on regagne,
puis tout va très vite. On atteint le chenal d'accès
qui sinue entre les récifs, puis entre les bancs de
sable. MOONWALKER, notre navire accueil, nous guide
par radio dans l'entrée balayée par le vent et le
courant. Nous voici accostés au ponton :
effectivement, il valait mieux ne pas arriver de nuit.
Tony de White Swan A et Juto de Best of Brinju nous
prennent les amarres ; le GPS totalise 989 milles
depuis Darwin.
Escale à BALI
(Marina de Port de
BENDA BARUNA SAKTI : marina internationale de Bali)
Nous attendons la douane et
l'immigration. Les marins présentent un bâtiment au
toit en forme de pagode de couleur verte : réception,
toilettes, douches, restaurant, petit magasin. On
retrouve à peu près les services habituels, un peu
moins "clean" qu'en Australie, certes... Près
du port, dans ce que je prends pour une gare maritime,
on trouve WARTEL, l'entreprise téléphonique indonésienne.
On achète une carte et moyennant une unité locale,
nos cartes FRANCE TÉLÉCOM fonctionnent.
Dimanche matin,
nous attendons encore la douane et l'immigration,
tandis que d'autres bateaux du rallye arrivent, que
l'on aide à s'amarrer dans le vent et le courant.
L'après-midi, nous allons visiter le temple de PURA
LUHUR ULU WATU perché sur la pointe sud-est de la péninsule
de Bukit (= colline en polynésien).
(...)
Puis nous saluons sur le grand carrefour la statue du
Dieu BATHARN GURU doté de quatre faces et de six
bras. La nuit est tombée. Le restaurant indiqué par
notre guide est fermé ; nous nous replions sur le
Hong Kong : la cuisine sera chinoise...
Lundi après-midi,
je repars avec Petra et Ann, elle aussi de BEIJA FLOOR.
Nous avons un chauffeur qui nous conduit d'abord à
KAPAL où nous visitons deux temples, dont le PURA
SADA, le temple le plus ancien de cette région dont
l'origine remonte au XIIè siècle. Puis nous allons
à MENGWI où le PURA TAMAN AYUN est construit sur une
île entre les bras de la rivière. C'est un temple
officiel, c'est-à-dire un temple dans lequel on
honorait les ancêtres déifiés de la dynastie
royale. Notre route s'élève ensuite entre les rizières,
vert le Mont BATUKAU (2278 m), au pied duquel le
temple de PURA LUHUR est isolé dans sa clairière au
milieu de la forêt tropicale. Le temple et le paysage
s'accordent... divinement. On trouve ici des autels dédiés
aux trois lacs de montagne et derrière un autel
surmonté d'un trône une statue de VISHNU chevauchant
l'oiseau mythique GARUDA. En redescendant, on s'arrête
à la source sacrée d'eau chaude d'AIR PANAS
aujourd'hui très équipée pour le tourisme. On
rentre dîner à KUTA où garer sa voiture est
impossible.
Mardi,
nous retrouvons notre jeune guide à 8.30 et nous
allons d'abord à BATULAN pour assister à un très
beau spectacle de danse de BARONO. Puis nous allons à
CELUK dont tous les habitants travaillent dans l'orfèvrerie
d'or et d'argent : avec Pétra et Danièle nous
marchandons des bracelets dont le prix descend à
moins de 40% de l'annonce de départ ! Ici, la
vendeuse annonce un prix, puis elle dit : marchandez !
À MAS, c'est le village des sculpteurs sur bois.
Beau, beau, mais il y en a tellement ! C'est cher
aussi, même en marchandant, et puis, comment
embarquer ça sur Saranaïa II... On regarde RAMA et
SITA, les divinités hindoues, et puis... on file vers
KLUNGKUNG voir le KERTA GOSA, ancienne demeure royale
qui servit de Palais de Justice pendant la domination
hollandaise. Sous le toit sont peints les supplices
que subiront les prostituées, les femmes qui se font
avorter, les hommes adultères ou ceux qui se sont
rendu coupables d'un crime d'État. Un coup d'oeil au
petit musée qui présente surtout des photos et des
objets ayant appartenu à la famille royale, il faut
échapper ensuite aux vendeuses de chemises pour
remonter jusqu'à RANDANG où l'on déjeune dans un
restaurant panoramique au dessus des rizières. Nous
continuons la montée vers BESAKIH, le plus ancien des
sanctuaires de l'île, sur les pentes du Mont AGUNG,
le plus haut sommet de Bali. BESAKIH est appelé le
temple mère. Il est immense. Le cadre doit être
magnifique, malheureusement lors de notre visite les
nuages cachent le Mont AGUNG, ce terrible volcan qui
en 1963 détruisit les villages alentour, tua des
milliers de personnes, mais préserva miraculeusement
le temple. Par une route qui traverse les rizières,
minutieusement irriguées malgré la déclivité des
pentes, il nous reste à aller à BANGLI où nous
arrivons à la tombée de la nuit pour une visite
rapide mais empreinte de mystère du temple de PURA
KEHEN.
Jeudi matin,
nous repartons avec Jean et Jean-Étienne. Faux départ
: la première voiture, réservée depuis cinq jours,
tombe en panne à cinq cents mètres de la marina.
Jean-Étienne s'impatiente : on revient à la case départ
à pied. Renégociation du prix : de 150000 roupies,
on descend à 90000, essence comprise ! En route pour
le lac Batur et KINTAMANI. La traversée de la zone
urbaine autour de DENPASAR est toujours aussi
chaotique dans une circulation démente, mais dès que
l'on atteint les rizières le paysage devient
paradisiaque. La route s'élève au milieu de champs
dont les limites dessinent les courbes de niveau de la
montagne. Selon les parcelles, le riz est juste repiqué
ou déjà haut ; ailleurs la récolte est déjà faite
: cela donne des taches de couleurs différentes. On
arrive sur le cratère du volcan, on aperçoit le lac,
mais aujourd'hui le paysage est brumeux : c'est
mauvais pour les photos. Tout un pan du Mont, jusqu'au
lac, présente une surface de lave grise, souvenir des
éruptions de 1917 et 1926 qui tuèrent des milliers
de personnes et détruisirent des dizaines de milliers
de maisons. Le village a été reconstruit mais sur le
bord du cratère, et le sanctuaire rescapé fut replacé
dans l'enceinte du nouveau temple. On jette un coup
d'oeil au temple directionnel : un temple directionnel
a une telle importance qu'il appartient à toute l'île,
il y en a neuf à Bali et nous en aurons vu cinq ! On
déjeune à Batur face au Gunnung Batur et à l'Agung.
Repas à base de poulet et de porc, puis descente sur
UBUD où nous visitons une expo de peinture, le marché
local et jetons un coup d'oeil à la rue commerçante.
Un orchestre de Legong joue juste à côté : j'essaie
quelques photos...
Retour au bateau après une journée différente,
marquée aussi pour nous par les pratiques corrompues
de la police. Déjà, mardi deux fois, et aujourd'hui
encore deux fois nous sommes arrêtés par la police
pour une histoire de plaque d'immatriculation non
conforme. Les quatre fois, nos conducteurs glissent
quelques billets (5000 Rp) dans les papiers du véhicule
qu'ils tendent au policier, et tout s'arrange
instantanément... Nous en gardons une sensation désagréable
que chacun interprète selon son idée.
Ce ne sera pas tout à fait
notre dernière image de Bali : ce soir il y a un
barbecue en l'honneur du départ des bateaux ! Mais
c'est la marina, ce n'est plus tout à fait BALI...
26 septembre 1997